dimanche 8 mai 2011

Notre Dame du Bon Jeu - I


à l’angle


Comment mieux " tout dire " au sujet de cet homme qu’à le décrire : cela commence et s’achève par le nez ; son nez est une excroissance. On n’aura jamais pu ni être plus précis ni être plus concis là même où l’on verse dans la démesure. En outre, l’homme est grand, si grand que les muscles qui le tiennent de la plante des pieds au sommet du crâne, se fatiguent en chemin et lui impriment leur fatigue sous l’apparence d’un corps en voûte, une voûte qui balance au gré de la marche. Mais ce détail-ci s’accepte de lui-même, tout observateur, à avoir vu le nez, trouvera dans la longueur de tige du bonhomme, une logique de la biologie. La hauteur du corps est longue, l’appendice, quant à lui, ressemble à un tas, un gros tas creusé d’énormes narines ventilées. La " logique " ne consiste donc pas en une isomorphie, mais en une logique qui pour être humaine (nous ne sommes pas surpris à rencontrer de tels hommes, on en voit comme on en voit de toutes sortes) n’en appelle pas moins à l’entendement subtil : à l’esprit de finesse, car l’on doit sentir et percevoir et comprendre d’emblée, dès le voir, que la combinaison d’un tel nez et d’une telle taille renvoie à une certaine gaucherie, une maladresse attendrissante, à deux grands pieds en équerre toujours confus de prendre tant de place. Et s’il est l’un de ceux qui renversent les vases pour avoir voulu remiser leurs coudes dans leur dos justement afin d’éviter un tel accident, nous savons que ce nez baroque et ces longues jambes sont le signe d’un voluptueux, mais un voluptueux parce que l’adolescence a trop longtemps poussé en lui et a fini par épuiser l’harmonie générale au profit des attributs, de tous les attributs du corps. Les hormones sont allées si loin qu’à la plante elles ont dilaté, au bout de bras distendus, les fleurs jusqu’à les rendre laides, et si ce corps d’homme porté à l’exaspération des sens – et de la sensibilité, peut nous laisser songeurs ce n’est que parce que nous le croyons desservi par son physique, un physique dont la chimie sexuelle ne peut que pâtir, pâtir du manque de proies, effrayées que nous les supposons, comme nous le sommes.
Que ce pataud armé de palmes, mette dans sa marche sur un sol tout l’embarras de ne pas nager dans l’élément acquatique où il devient cette sirène aisée, soutenue et qui se déploie dans un envol salin, fut évoqué par d’autre à l’égard des poètes, empâtés par leurs ailes. Nous n’y revenons que pour l’allusion et nous fixons pour but de démontrer que l’espace est plus large dans l’eau qu’à la surface. Mais l’espace reprend toute sa suprématie aussi dans les altitudes. Celui qui est à même de témoigner de ces deux plénitudes (soit de l’une, soit de l’autre), sait combien les séjours-limites sont ambigus et difficiles à certains. Et pourtant, n’est-ce pas parce qu’ils portent en eux la division qu’ils retrouvent dans les lieux ouverts, " entiers ", la plénitude ? Quelle est cette partition, cette " partitude " qui les faisant sujets de la claudication sur un sol terrestre, leur permet de se déployer partout où la pesanteur change d’échelle ? Qu’entendre par là ?
Un drôle d’oiseau, assurément.


De l’existence du Paradis
Tout ce que nous savons
Est une certitude incertaine –
Mais nous inférons sa proximité
De son Messager
Qui nous coupe en deux –


Emily Dickinson

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