A mon chair et tendre, je soumets cette réflexion :
L’événement " contemporain " (et, de fait, il définit toute notre notion de la contemporanéité) le plus remarquable, il est notable par excellence, et qui recoupe tous les événements de notre temps quel que soit leur ordre – mais pourtant, toujours d’un ordre éminemment Politique – consiste en ce que chacun retourne le langage. Et chacun retourne le langage à son avantage. Le langage possède une structure de cube à n dimensions, modifier l’une de ses facettes selon un quelconque paramètre, serait-il anodin, a pour conséquence une altération, un changement sur les autres facettes. Ce " rubik’s cube " démesuré articule les différentes langues de la terre, comme il articule les différentes propositions rangées par ordre, " par facette ", du lang age. Il m’a toujours semblé que le centre du cube, ce point où s’adossent les plaques tectoniques du langage, cette machinerie de rouages qui permettent les rotations des détails ou des faces, abritait, si l’on en adopte le modèle pour un " système des langues ", le Néant. Venant de moi, cette mention, en outre, d’un cube à " n dimensions " laisse clairement entendre : une structure à Haine-dimensions. Vous détenez là la Représentation du Monde tel que je le conçois.
Aucune langue n’est indemne de l’autre (de tout(e) autre), des autres.
De façon tout à fait perverse et pervertie, n’importe quel quidam peut maintenant revendiquer une assertion qui, même de façon criante, témoigne d’un sens à l’opposé de tout ce que ce quidam représente ; mais, peu importe. Celle-ci aura été par lui recherchée pour son " apparence " et par lui " adaptée " selon ses intentions. Ce qu’il faut bien appeler l’art de la Propagande a opéré l’ultime retournement du Langage en faisant de ce retournement un mécanisme pour ainsi dire automatique. Mais qui aura son temps ? Car arrivés à ce degré de " dé-crédibilité " du Langage, nous avançons en " roue libre ", le frein risque de venir de la lassitude, de l’ennui, du scepticisme généralisé, et donc du report violent vers les croyances ramenées à leurs côtés les plus butés et bornés pour cette raison que l’on exigera qu’elles ne se payent pas de mots (et donc de pensées).
Désormais, un nazi peut revendiquer Voltaire pour sa Liberté de ton. Les approximations que l’on confère et infère ainsi au et du langage relèvent tout aussi bien de méticuleuses précisions. Cela est devenu possible car le Langage n’est plus dans le Langage. Pourquoi notre profonde pellicule langagière qui a, de tout temps, articulé les êtres humains aux êtres humains et ce même avec toutes les défaillances que nous savons, et par dessus laquelle notre position de surplomb nous assurait, bon gré mal gré, une cohésion de fait au-delà des divergences et de l’avancée le plus souvent contradictoire et chaotique de l’Histoire, pourquoi ce tapis qui formait notre sol déjà pluriel dans son apparence, semble-t-il se fractionner encore et encore dans son dessin (dans son dessein ?) ? Le monde devient-il, réellement, toujours plus complexe, ce qui ferait que nous serions fatalement renvoyés à des " solutions " simplistes par réaction – ou bien, devient-il plus complexe du fait que nous nous sommes désattelés de la tâche de le comprendre ? Le Langage subit-il les effets de la complexification du monde ? Ou bien – et je penche vers cette hypothèse – en sommes-nous arrivés à une situation dans notre Langage et la médiation que nous en avons, que nous en faisons, l’usage que nous pratiquons à son endroit, la compréhension que nous en avons acquis, tout cela en étroite corrélation avec l’Histoire telle qu’aujourd’hui (et ne soyons pas naïfs, la corrélation entre le Langage et le devenir du monde n’est pas même une corrélation, il s’agit d’une seule et même chose : le Langage dans son devenir constitue aussi bien l’Histoire), en sommes-nous donc arrivés au point de retournement du Langage, non plus dans ses détails intéressés (par et pour certains voire chacun), mais dans une Vérité universelle qui se fait jour ?
Tout fait sens. Ce sur quoi a reposé, jusqu’à aujourd’hui, un système du Monde en tant qu’il témoigne d’une certitude : d’une foi, est le réseau des différentes croyances pour autant que pensées, réfléchies, articulées (pour les différencier de banales superstitions au demeurant elles aussi signifiantes – mais ponctuellement). A ce titre et symboliquement, chacune apporte sa pierre à l’édifice explicite (humainement) du Monde tel que nous le concevons dans sa diversité même.
Si tout texte sacré a en charge une Vérité, celle-ci est ce qu’elle est parce qu’à la limite, à la limite de sa pluralité – une position en équilibre et d’équilibre nécessaire et suffisante ; et, que de Vérité à vérités, elle perde sa majuscule constitue une simple convenance : une Convenance du Réel. Au delà de tout byzantinisme, pour être Vérité, les vérités font le tour du Réel, et, par exemple, vénérer la Pierre Noire ou Kaaba, au lu de ce qui est écrit plus haut, peut être interprété comme le fait de s’adonner à du négatif (le cube à " n " dimensions, ou encore le Néant central), il n’en est rien car toute Vérité fait le tour du Réel (et, ainsi, aussi le Coran fait son propre tour du réel, c’est à dire du beau comme du laid), ce tout des réalités qui ceignent l’être humain ; d’un enveloppement l’autre. Le Christianisme a ses propres scènes dont l’une, majeure, ou Cène n’est rien moins que la Scène anthropophage par excellence. Car croire en un Dieu revient à croire en une forme de divinité qui décerne de façon ad hoc ses propres formes à l’humanité qu’elle a élue chacune pour soi selon sa " version ". Toute croyance est d’abord un témoignage (du Tout sous les aspects des particularités, quasi exhaustivement).
Pour en revenir au chapitre des Langues, ou encore du Langage, le système a son moyeu, quoique toutes se reflètent à l’aune des autres, dans un jeu de brisures ou de cassures qui donne de chacune une image bancale, dans une inévitable et souhaitable, nécessaire imperfection, une brèche, il n’en demeure pas moins que pour un " Donné " (qu’entendre par là ?) il y a un centre (et je ne saurais comment discerner ce centre dans un système des Foi-s ; si ce n’est, aussi, et alors par un Texte en creux : un Langage dans sa pure abstraction, une sorte de Vide du divin), un moyeu que – et peut-être parce que j’use de cette langue – je pense être le français (au moins temporairement, présentement) pour cette raison que, elle-même en son centre propre, possède et érige une aberration, un effondrement : la voyelle muette, le " E ". Qui est la marque de la trace dans sa disparition même : l’Hymen d’une femme, cette pelure physique, organique toujours devant être rompue – jusqu’à ce qu’elle le soit effectivement (il s’agit là du " Gage " de la Liberté). Delenda est Carthago.
" Un langage s’inscrit à même le corps, il en devient Langue et, Langage ". Mais le mouvement, le mouvement de détenteur, de détonateur, le déclenchement, le délai, le passage que semble supposer cette assertion n’existe pas. Il n’y a de commencement que le mouvement d’avoir commencé et de continuer à commencer. Tout est passage.
Reste : pourquoi un " cube à n dimensions " quand il suffirait de le désigner par le terme de " polyèdre " ? Mais ce serait en éliminer toute la charge humaine et terrestre, immédiatement accessible à (audible par) l’entendement humain jusque dans son présupposé symbolique.
Gageons que l’œil du maelstrom qu’est actuellement l’Islam se creuse dans le Sens que je viens de donner d’un système des Langages/Langues sous sa mesure cubique, celle de notre monde (" l’Homme est la mesure de toute chose, de celles qui sont comme de celles qui ne sont pas "). Et que l’Islam soit né de la Révélation d’un Texte (à un Prophète qui fut, au commencement, un " analphabète " – et je fais cette remarque dans le but d’insister sur une virginité première supposée de tout humain vis-à-vis de et face à la Nouveauté radicale, avec cette réserve que le corps qui reçoit la Révélation fut façonné à cette intention…) va encore dans le sens de cette interprétation lettrée, géométrale et non innocente, qui est en train de se retourner sur elle-même, retournant avec elle, toute notion de " Texte ". Une interprétation qui voudrait se présenter comme la marque du retournement en personne.

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