Miscellanées
Extraits de " Noli me tangere " de Jean-Luc Nancy :
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Chacun ressuscite, un par un et corps pour corps, telle est la leçon difficile, l’obscurité de la pensée monothéiste telle qu’elle fut cultivée d’Israël en Islam en passant par l’Evangile. La résurrection désigne le singulier de l’existence, et ce singulier comme le nom, le nom comme celui du mort, la mort comme ce qui écarte la signification du nom. Être nommé, c’est être en partance et quitter le sens depuis son bord auquel on n’aura, en vérité, même pas abordé.
On n’aura pas touché au sens, voilà la vérité, et c’est cela qui fait le sens béant mais indestructible de la vie/la mort, le jardin/le tombeau. Il faut seulement avoir les oreilles pour entendre ce que dit le jardinier, les yeux pour voir (dans) le vide éclatant du sépulcre, le nez pour sentir cela qui ne sent rien.
" Ne me touche pas, ne me retiens pas, ne cherche ni à tenir, ni à retenir, renonce à youye adhérence, ne pense pas à une familiarité ni à une sécurité. Ne crois pas qu’il y ait une assurance, comme Thomas en voudra une. Ne crois pas, d’aucune manière. Mais reste ferme dans cette non-croyance. Reste-lui fidèle. Reste fidèle à ma partance. Reste fidèle à cela seul qui reste dans mon départ : ton nom que je prononce. Dans ton nom il n’y a rien à saisir ni à t’approprier, mais il y a ceci, qu’il t’est adressé depuis l’immémorial et jusqu’à l’inachevable, du fond sans fond toujours en train de partir. "
Deux corps, l’un de gloire et l’autre de chair, se distinguent dans ce départ et s’y entr’appartiennent. L’un est la levée de l’autre, l’autre est la mort de l’un. Mort et levée sont la même chose – la " chose ", l’innommable – et ne sont pas la même chose car il n’y a pas ici de mêmeté. Ce qui se passe avec le corps, avec le monde en général, lorsqu’on sort du monde des dieux, c’est une altération du monde. Là où il y avait un même monde pour les dieux, les hommes et la nature, il y a désormais une altérité qui traverse le monde de part en part, une séparation infinie du fini – une séparation du fini par l’infini. Ainsi de la chair que la gloire sépare d’elle-même. La possibilité de la déchéance charnelle y est donnée avec la possibilité de gloire. …/…
Il s’ensuit également que le " divin ", désormais, n’a plus de place ni dans le monde ni hors du monde car il n’y a pas d’autre monde. Ce qui " n’est pas de ce monde " n’est pas ailleurs : c’est dans le monde l’ouverture, la séparation, la partance et la levée. […] Noli me tangere forme la parole et l’instant du rapport et de la révélation entre les deux corps, c’est à dire d’un seul corps infiniment altéré et exposé dans sa tombée comme dans sa levée.
Pourquoi donc un corps ? Parce que seul un corps peut être abattu ou levé, parce que seul un corps peut toucher ou ne pas toucher. Un esprit ne peut rien de tel. Un " pur esprit " donne seulement l’index formel et vide d’une présence entièrement close sur soi. Un corps ouvre cette présence, il la présente, il la met hors de soi, il l’écarte d’elle-même et par le fait il la mène avec d’autres : ainsi Marie-Madeleine devient le corps véritable du disparu.
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Extrait d’une Lettre de Pierre Vidal-Naquet sur Michel de Certeau (extrait donné par Carlo Ginzburg dans son " Le fil et les traces ") :
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Nous le savons désormais, l’historien écrit, il produit le lieu et le temps, mais il est lui-même dans un lieu et dans un temps. Mais ne reste-t-il pas indispensable de se raccrocher à cette vieillerie, le " réel ", " ce qui s’est authentiquement passé ", comme disait Ranke au siècle dernier ?
J’en ai la très vive conscience au moment de l’affaire Faurisson qui, hélàs, continue. Faurisson est, bien entendu, aux antipodes de de Certeau. C’est un matérialiste en sabots, qui, au nom du réel le plus tangible, déréalise tout ce qu’il touche, la souffrance, la mort, l’instrument de la mort. Michel de Certeau s’inquiéta très vivement de ce délire pervers et m’écrivit à ce sujet. […] Mon sentiment était qu’il y avait un discours sur les chambres à gaz, que tout devait passer par le dire, mais que, au-delà du dire, ou plutôt en deçà, il y avait quelque chose d’irréductible que, faute de mieux, je continuerai à appeler le réel. Faute de ce réel, comment distinguer le roman de l’histoire ?
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Extrait de " Un coup de dès jamais n’abolira le hasard " de Stéphane Mallarmé :
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RIEN N’AURA EU LIEU QUE LE LIEU



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