La présence d’un arbre, face à la fenêtre ouverte, sature ma vue. Je suis la proie de son tapis d’air illuminé et irradiant qui me darde de ses orifices combles, de ses puits d’un vert puissant, tournants dont les lentes vis agitées, régressives m’aspirent dans l’en-deça. C’est par ses fermetures de passoire inverse que sa cloche en ramure au vent balance par paquets des souvenirs dans leur fuite, dans un évincement que je n’ai jamais encore réussi à retenir. Je me souviens de tout pourvu que l’on m’accorde le bénéfice du doute : le gain est parfait au jeu des dés en creux.
La seule liberté est-elle de se faire une idée juste ? Si la liberté est dans l’erreur possible : dans l’errement inhérent à toute quête avant que ne soit redressé le chemin jusqu’à son faîte ; doit-on alors concéder que la liberté se conjugue sur le temps de l’incertitude mais que pourtant elle est, à tout instant, car, à défaut de la découverte de l’idée juste dans son énonciation sommitale, l’idée juste est là déjà : dans la nature de la pente, du cheminement, du questionement soulevé qu’induit l’instinct ou l’intuition de cette idée dans la résolution de sa question ? La liberté est-elle une forme – une forme d’une sorte de goût ? de la juste pesée ou appréciation anticipatrice ?
Peut-on faire l’économie du concept, dans son mot cité, de vérité ? Vérité qui suppose un discours immémorial de la pensée – depuis toujours.
Est-il donc impossible d’être modeste en postulant la liberté comme " idée juste " simplement ? puisqu’ainsi, alors, elle répondrait à une sorte d’aristocratie arbitraire et innée : celle du goût. Quelle vanité. (Cela reviendrait à déplacer le problème, vers la notion de goût).
Pourtant, l’idée juste n’est-elle pas seulement (en ce qu’elle correspond) la cohérence, la logique ( ?) du requérant (celui qui s’ouvre à une/la question) avec soi-même ? Une petite liberté. Une liberté en guirlande d’à-coups ; des idées juste(s) libératoires ; une frise de pleines illusions ; une suite d’erreurs dont la seule vertu est de s’inscrire, en dépit de toutes les discontinuités, dans la continuité apparente et indéfiniment remise en jeu de nos existences. Une liberté remise à la libre appréciation des êtres humains qui, généralement, se caractérisent sur le fond par leur plainte au sujet de tout, et de rien.
Et – ce n’est que justice – la justesse de nos " idées justes " repose entièrement sur l’assentiment qu’elles trouvent auprès de chacun de nous, en tant que nous les trouvons/jugeons justes justement. L’épreuve de réalité, ensuite, la confrontation éventuellement contradictoire, reste peu de chose. (Nous nous autorisons à être persuadés de ce qui nous con-vient ; l’incohérence n’est pas incohérente car nous nous en accommodons, fallacieusement. Par manque d’acuité ou d’honnêteté. Le principe de l’idée juste comme liberté n’est pas remis en question. Car, que pourrait bien représenter une " liberté objective " ? sinon une absurdité. Une idée comme fausse ? Que serait-ce ? Chacun, pour soi, se tient pour dépositaire du (bon) goût ; du moins de ce goût qui juge et apprécie, depuis le mitant de notre personne opportunément à l’équilibre. Quelle Folie serait d’en douter ? Que serait une subjectivité, pour soi, non objective ? Une subjectivité non-vraie d’être subjectivité ?) " Vérité " ; ce mot est à lui seul une tautologie. Et de cette " tautologie " on peut faire une définition à la Vérité, une définition exclusive qui court-circuite toutes les autres. Par la forme.
Dormir pendant tout le temps que dure l’accident mortel ; ne pas se réveiller, ne plus se réveiller. Être passé de vie à trépas par la porte étroite. A quand aura remonté la mort ? La présence d’un arbre sature ma vie. Ça tourne, ma vie.

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