samedi 23 octobre 2010

Rex Progress I


Comment le temps passe ! Ça ne fait ni une ni deux, je ne me rappelle jamais le jour : sur son coup – jour, mois, année ; rien qui reste, le souvenir, éventuellement daté, seul peut rester. Comme fleur de son bouton oublieuse, quoi que le jour dans sa formalité signale – rien, il ne reste rien, seule reste, la chair, mais qu’en faire, de celle qui tombe flasque autant que paquet de choses sans paquet, seul reste le tas. Ma mémoire est à l’image ! pour sûr. Pas de deux mais de trois et tant encore, tout ça. Le jour c’est flûte à jouer du vent : la mélodie sans les notes. Réfléchissons ! Que représente, à quarante-cinq années de bouteilles, le fait que je compte 45 fois le jour du 09 octobre et une fois une seule, soit dit en passant, le 09 octobre 2010 ? Rien. C’est une vieille habitude le 09 octobre, actualisé (le terme est très actuel quand on " s’informe ") à celui de l’an de crasse 2010, eh bien, malgré ! ça passe inaperçu. Autant que le 23 juin ou le 02 décembre ou le 01 janvier de l’année que l’on voudra. C’est qu’avec l’âge on se défait de tout et d’abord de ce à quoi on colle sans plus la notion de colle qui colle plus rien. Il faut un coup de semonce pour que les deux se rabibochent ! On saura définitivement que tel jour de tel mois de telle année, et même à telle heure ! il y a eu ça, un truc, un machin, un événement quoi. C’est du rare, c’est du lourd. Ça empêche pas que ça puisse se dissolver, je veux dire, dans sa date. On s’embrouille. Et des fois aussi, la chose fait date, mais sans sa date. C’est du pire ! Quand on vient pas à la manie d’écrire partout le jour, l’année, le mois, c’est assez mauvais signe. Quoique. Ça dépend. C’est selon. Les vibrations du compteur à radioactivités s’emballent dans le rouge ou alors, dans le noir, dans le bleu ou le vert, le blanc ou le sec. Faut pas chipoter, c’est tangent la notion de temps quand on en vient au souvenir ; ma mémoire, c’est la pagaille. Et pourtant je n’ai de cesse d’en ratisser le jardin, ses allées de pierres blanches, à force, se dessinent comme les filaments parallèles, courant tous au but d’un cheminement en méandres sans fin. Je crois avoir docilement rangé chaque caillou dans le tiroir de sa place au sein du devenir uniforme. Que dalle ! Mon jardin japonais est une jungle tropicale : conjuguez ces deux extrêmes, ces deux paradoxaux sans toutefois céder à la facilité des mélanges et du désordre, des contradictions ou du bizarre, vous verrez alors mon jardin. Borges ne l’a pas décrit mais prudemment contourné. On m’évite. Je suis un sac de temps hurlant, une outre comme une sirène qui chante le glas des jours qui ont tué. Je suis déjà morte plusieurs fois, y a qu’à choisir. Mon problème, de l’œuf c’est la coquille, de la graine c’est l’écorce et du plancher c’est la latte. Répugnance du lait sucré, chauffez-le et vous obtiendrez mes vomissures à vos chaussures. J’entonne le champ des canonniers, leur sainte est ma patronne. Non mais c’est dingue d’avoir à ce point suivi la ligne à laquelle depuis toujours confluent toutes les lignes et de ne pas avoir la notion de " conséquentialité ". Je veux dire, je comprends bien ce que représente une séquence voire toutes, mais là où ça bute c’est du côté du promoteur immobilier. Je n’envisage pas un Lieu commun. Un lieu commun à partir d’où, sous la voûte bienveillante d’une autorité souveraine et majestueuse, nous aurions été conçus de l’alpha jusqu’à l’oméga. Pas de Paradis originel, pas de jugement dernier. Pas de tête à triangle au-dessus de nous, ni Vishnu, ni Bouddha, ni Allah, ni Christ, ni Yahvé ou Perlimpimpin. Mon lapin, faudra-t-y faire, je prie pas. Je me lave. Et sans jamais tenir mon intérieur tiré à quatre épingles, infesté de poussières qu’il est, je m’habille avec soin. Je suis le paquet d’aiguilles d’une botte de foin, tu n’en tireras pas une paille : je pique et inflige le sang à qui me touche. D’une année à l’autre, d’un jour à l’autre, je ne change pas, pas vraiment, à la mesure seulement du temps qu’il fait. Je possède enclose par le menu la série des temps qu’il fit pour un temps qui fut chaque jour dans l’absence à soi-même, je chante parce qu’on me fait chanter, je croasse à l’échelle. Aujourd’hui il ne fit point beau. Ciao. Je m’en vais frotter mes lèvres au souci d’alcools forts.

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