Je suis un tas de chair à saucisse perclus d’hématomes douloureux, rien ni personne ne me contient et je me répands, je suis du monde l’homme le plus gros. Voyez mes plis flasques comme ils débordent, ils ne sont pas tant épais que coulants, à l’image d’un fromage trop fait, je suis posé sur cette couche qui supporte un poids de démesure, je suis une flaque de graisse nauséabonde : je ne me lève plus et ne me lave plus, tout juste si une mère armée d’une éponge frotte ce qui n’a plus forme humaine, par endroits seulement, non par décence, nous n’avons jamais connu ça, mais parce que beaucoup d’un corps qui fait légion dans l’affaissement, n’est plus accessible. Je suis un labyrinthe de graisses, mes plis ne me réservent pas l’extase de l’habit de gloire du malaise humain, j’ai beau fuir ce maintenant qui me cloue à ma rive de misère pléthorique, par un esprit qui s’esquive dans le refus de se savoir là où il en est : dans le tas, je n’en viens pas à l’illumination. Je ne peux que ruminer par l’échappatoire, je mange et je regarde la télévision : je suis bourré à l’extrême, jusqu’à être bourré à l’oubli. Rien ne me tient, ne me contient, ne m’enserre qui me détacherait de mon détachement, je ne suis que détaché des mondanités : je ne marche plus, je ne sors pas, je me répands à raison de quelques reptations supplémentaires chaque jour : la graisse progresse, elle pousse la graisse antérieure vers la périphérie d’un corps qui s’éloigne en permanence de soi. Je n’ai qu’une forme par défaut. Tout, tout me fait défaut. Je suis un sac sans contenant. Je suis le tas par excellence. Voici quelques années encore je réussissais à m’asseoir, les deux jambons de mes cuisses ouverts, mon ventre reposait entre, sur la chaise qui comptait double et qui a pendant quelques années offert à la mappemonde de mon cul une assise branlante. Elle a fini par céder, ainsi en suis-je " naturellement " venu à m’allonger. A me répandre. Je me répands par la chair, par la matière, je gagne des territoires si lointains et si inexplorés de la raison humaine qu’il m’est impossible d’en rendre compte à autrui. Je n’eus jamais d’autrui que la propre truie de moi-même. Rien, jamais, ne me fit face. La Chose la seule dans laquelle je ne me répands pas est le langage. Autrui a pitié, autrui se moque, autrui a peur, autrui compatit, autrui rit, autrui critique, autrui fuit, autrui s’asseoit à mon bord et tente de me saisir des mains depuis longtemps retractées dans des manchons de fronces adipeuses qui me dégoulinent au-delà des dernières phalanges des doigts. Autrui ne sait pas. Je suis las de leur pitié douceâtre teintée d’effroi. Ma seule consolation est ce qui me coule au fond d’un poids qui a fait puits sans fond depuis longtemps. Je mange. Je mange tout ce qui manque à autrui. Je suis le manqué, le raté dans sa marche de l’humanité. Je pends, au nadir, mon poids est au bateau sa quille d’équilibre – son tyran d’eaux. Son tyran qui a depuis longtemps perdu le sens de l’os et du squelette. Je ne suis plus un corps érigé, je suis l’échec et le repoussoir qui sert de butée répulsive à autrui. Je me couche face au Maître. Mais je n’ai plus non plus la force de redresser la nuque et je ne regarde plus le ciel. Je suis raide dans toute ma flaccidité, au-delà même de la raideur, je suis un sable dispersé, chaque grain coupe comme l’intangible mais le tout s’en ramène au tas dont la mollesse est tout ineffable. Je suis l’Innommable qui a rompu une carapace pour en gagner une autre. J’ai échangé un malheur contre un autre parce que jamais nul ne me fit face de cette façon que j’aurais à comprendre, comprendre que je suis seul. Ma solitude est inapte au concept de solitude. Je me fais défaut par là où l’on se fait défaut toujours, et je me comble de l’illusion parfaite : je ne me dé-pense pas. Je n’aime pas que l’on m’aime. Mais quant à cela, le risque n’est point. Pour résumer l’énorme, je ne me rassemble pas. Je suis passif.
dimanche 24 octobre 2010
Rex Progress II
Je suis un tas de chair à saucisse perclus d’hématomes douloureux, rien ni personne ne me contient et je me répands, je suis du monde l’homme le plus gros. Voyez mes plis flasques comme ils débordent, ils ne sont pas tant épais que coulants, à l’image d’un fromage trop fait, je suis posé sur cette couche qui supporte un poids de démesure, je suis une flaque de graisse nauséabonde : je ne me lève plus et ne me lave plus, tout juste si une mère armée d’une éponge frotte ce qui n’a plus forme humaine, par endroits seulement, non par décence, nous n’avons jamais connu ça, mais parce que beaucoup d’un corps qui fait légion dans l’affaissement, n’est plus accessible. Je suis un labyrinthe de graisses, mes plis ne me réservent pas l’extase de l’habit de gloire du malaise humain, j’ai beau fuir ce maintenant qui me cloue à ma rive de misère pléthorique, par un esprit qui s’esquive dans le refus de se savoir là où il en est : dans le tas, je n’en viens pas à l’illumination. Je ne peux que ruminer par l’échappatoire, je mange et je regarde la télévision : je suis bourré à l’extrême, jusqu’à être bourré à l’oubli. Rien ne me tient, ne me contient, ne m’enserre qui me détacherait de mon détachement, je ne suis que détaché des mondanités : je ne marche plus, je ne sors pas, je me répands à raison de quelques reptations supplémentaires chaque jour : la graisse progresse, elle pousse la graisse antérieure vers la périphérie d’un corps qui s’éloigne en permanence de soi. Je n’ai qu’une forme par défaut. Tout, tout me fait défaut. Je suis un sac sans contenant. Je suis le tas par excellence. Voici quelques années encore je réussissais à m’asseoir, les deux jambons de mes cuisses ouverts, mon ventre reposait entre, sur la chaise qui comptait double et qui a pendant quelques années offert à la mappemonde de mon cul une assise branlante. Elle a fini par céder, ainsi en suis-je " naturellement " venu à m’allonger. A me répandre. Je me répands par la chair, par la matière, je gagne des territoires si lointains et si inexplorés de la raison humaine qu’il m’est impossible d’en rendre compte à autrui. Je n’eus jamais d’autrui que la propre truie de moi-même. Rien, jamais, ne me fit face. La Chose la seule dans laquelle je ne me répands pas est le langage. Autrui a pitié, autrui se moque, autrui a peur, autrui compatit, autrui rit, autrui critique, autrui fuit, autrui s’asseoit à mon bord et tente de me saisir des mains depuis longtemps retractées dans des manchons de fronces adipeuses qui me dégoulinent au-delà des dernières phalanges des doigts. Autrui ne sait pas. Je suis las de leur pitié douceâtre teintée d’effroi. Ma seule consolation est ce qui me coule au fond d’un poids qui a fait puits sans fond depuis longtemps. Je mange. Je mange tout ce qui manque à autrui. Je suis le manqué, le raté dans sa marche de l’humanité. Je pends, au nadir, mon poids est au bateau sa quille d’équilibre – son tyran d’eaux. Son tyran qui a depuis longtemps perdu le sens de l’os et du squelette. Je ne suis plus un corps érigé, je suis l’échec et le repoussoir qui sert de butée répulsive à autrui. Je me couche face au Maître. Mais je n’ai plus non plus la force de redresser la nuque et je ne regarde plus le ciel. Je suis raide dans toute ma flaccidité, au-delà même de la raideur, je suis un sable dispersé, chaque grain coupe comme l’intangible mais le tout s’en ramène au tas dont la mollesse est tout ineffable. Je suis l’Innommable qui a rompu une carapace pour en gagner une autre. J’ai échangé un malheur contre un autre parce que jamais nul ne me fit face de cette façon que j’aurais à comprendre, comprendre que je suis seul. Ma solitude est inapte au concept de solitude. Je me fais défaut par là où l’on se fait défaut toujours, et je me comble de l’illusion parfaite : je ne me dé-pense pas. Je n’aime pas que l’on m’aime. Mais quant à cela, le risque n’est point. Pour résumer l’énorme, je ne me rassemble pas. Je suis passif.
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