mercredi 12 mai 2010

Beautés du retrait... I


Le si gracile i est rouge, rouge à l’image du pan de mur entier dépecé qui coule son sang, sur sa largeur massive entière ; le si gracile i avec son fil, celui-là même de la dentelle qui vient le couper et le retrancher, trait qu’il était d’un seul tenant, le retrancher d’un point, qui le couronne, et donc le fait i. Dentelle et mur sans jours, finesse fragile de ce qui tient par le béton dont on omet à dessein, le stuc et le plâtre s’ils en viennent décorer par la futilité les prétentions de poids inaltérable, ancré au sol par le refus du doute – ce doute même qui me ronge.
En rien, en quoi que ce soit je ne crois plus, ni au muguet ni aux éternuements. Et je me passerais bien de croire, encore, si simplement il s’agissait de ne pas croire, car pour ne pas croire il faut supposer un croire possible. Et cela m’ennuie : de supposer qu’au laisser-aller de mon ne-pas-croire, il puisse pré-exister, ne serait-ce que par son biais logique, un " croire ". Cela me fatigue. Cela m’épuise de me détourner du croire – serait-ce d’un mouvement qui m’indiffère, d’un mouvement qui ne se fait pas sentir pour ce qu’il est.
Je ne fais pas d’effort : pour ne pas croire. Cela me vient naturellement, mais croire m’a longtemps coûté, coûté du temps et du désespoir. Je me repose du désespoir. Je n’espère plus, donc, je ne crois plus. Je suis bien. Et fatiguée, fatiguée d’une fatigue qui me vient d’un passé d’usure, passé qui m’a usée et dont je me repose par la résignation.
On peut en arriver à se suicider par désintérêt. Cela sera mon cas.
Noir du sombre ; blanc du neutre ; rouge involontairement.

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