mardi 4 mai 2010

Citation - troisième

Hans Blumenberg
Paradigmes pour une métaphorologie.
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La découverte de l'histoire au sein des Lumières et à rebours de leur sens est le découverte de l'illusion de la "vérité nue" ou de la nudité comme illusion, le dépassement de la métaphore et son renouvellement en ce sens que désormais les "déguisements" de la vérité ne prennent plus leur origine dans la nécessité rhétorique de se parer d'ornements et dans l'imagination poétique, qu'ils ne représentent absolument pas des "ingrédients" détachables et accidentels mais déterminent de manière constitutive le mode de manifestation de la vérité.
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En raison d'une certaine préférence pour les formules lapidaires - même si le principe de cette étude a été de ne pas y avoir recours - on pourrait dire que dans leur homogénéité structurelle certains des processus intellectuels fondamentaux de la modernité peuvent être interprétés comme autant de destitutions de la métaphorique du cercle. On trouverait également des confirmations dans le fait que des réactions et des mises en cause de l'esprit de la modernité se réclament de la métaphore du cercle, renouvellent son caractère impératif, comme c'est bien entendu le cas de façon très prononcée chez NIetzsche.
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Chez Aristote, le fait que le mouvement circulaire soit le mouvement "naturel" renvoyait à tout un arrière-plan métaphorique et rationnel destiné à le justifier ; pour Nietzsche, c'est l'ultime principe, qui se soustrait à toute justification : "Le raisonnable ni le déraisonnable ne sont des prédicats applicables au tout, le cercle est une nécessité déraisonnable, au mépris de toute considération formelle, éthique, esthétique." Ainsi que nous l'avons vu, la métaphore absolue se substitue à un vide, elle s'élabore sur la tabula rasa de ce qui ne peut être rempli théoriquement ; ici, elle a pris la place de la volonté absolue, défunte. Souvent la métaphysique s'est révélée à nous n'être qu'une métaphorique prise au pied de la lettre ; l'effacement de la métaphysique redonne à la métaphorique sa place.

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