Quoiqu’il en semble, il ne faudrait pas me tenir pour une humaniste à tout crin, enflée des bons sentiments qui me permettent à tout coup d’endosser la robe ou l’armure de défenseure des droits du veuf et de l’orpheline, de Croisée de la cause des Sarrasins issus des rives basanées, ou encore d’apôtre engagée auprès des corps félins noirs, des œillades aiguës des laissés pour compte du catastrophique éclatement chinois ou de la problématique révolution russe dans sa chronologie renversée (le pays ne semble-t-il pas entré dans un mouvement involutif ?), etc… etc… La bonne conscience ne m’effleure pas, je ne la cherche pas, je me venge : je suis, fondamentalement, une voleuse. Et sans risque, sans panache. Ma conscience me laisse en paix car j’en jouis, je jouis de l’étroitesse de mon acte quand je l’accomplis car il est, pour ainsi dire, toujours effectué à portée de main. Je veux dire : je ne sors pas du cadre familial dont je sais qu’il – le cadre – ne portera pas plainte. Cela constitue même un fil à ma patte qui satisfait tous les partis, les deux partis, celui de la voleuse, celui de la volée. Je ne sors pas de ma dépendance pécunière, attisée par le luxe que mon délit me procure. Sinon, je serais pauvre. Pour tout dire : en deça du seuil de la misère. Ma rente me suffirait seulement à payer mes rasades de gin vespérales. Je me couche toujours en état d’euphorie légère, tard. Le reste de la journée, je le passe à lire, écrire, dormir, déambuler et, quand nécessaire, je vole, ce qui ne prend pas de temps, un souffle, un soupir seulement : le caractère même du travail qui phagocyte la durée quelle que soit sa durée effective.
Une âme bien née dont je ne me rappelle pas le nom (si je l’ai jamais su) a dit en substance que toute pensée est vraie en ce qu’elle affirme et fausse en ce qu’elle nie. Belle pensée. Eh bien, mon corps de femme et de psychotique (ici, pour ce que je vais énoncer, les deux choses sont indémêlables) est " à l’intersection de toutes ces négations ". Qu’on le croie ou non il faut que l’on sache que tout ce qu’il m’a été donné de pouvoir développer en fait de pensées le fut sous l’autorité d’une Pensée dont je ne sais rien, dont je n’ai rien pris de réel au sens de scientifique, à défaut du nom parce qu’il est entaché pour moi des mystères des permutations, des chances, et de la Spéculation dans toute sa majesté, soit : la pensée quantique – dont j’ignore à peu près tout, sauf qu’elle donne permission de s’imaginer une pluralité des mondes.
Chaque instant me donne le souvenir de ce que je suis ; donnez-moi mille vies, mais je n’en aurai jamais qu’une. Car bifurquer à l’infini est compatible avec le trajet du fil (de l’existence) dans son unicité, cela même est une nécessité : nous sommes humains. Où " placer " alors le Possible sous son jour d’infinités de possibles – s’il reste sur le bas côté de la route ? Où ? Dans l’imaginaire.
Nous commençons à peine à rêver.
Nous, sujets de la Finitude, nous commençons à peine à rêver.
" Un langage peut parler ". De fait, tout langage parle, transversalement. Chacun (nous) raconte en contrepoint complémentaire des autres langages, le Réel : cette sorte de Vérité du monde que l’humanité s’est forgée. Dont elle a été forgée en croyant la forger. Nous sommes, à chaque instant, dans notre tout humain, l’aboutissement du monde, de l’Histoire. Que cela laisse entrevoir une finalité, immanente et " dans " une constance, n’est pas dénué de fondement – quoi que facile et simpliste que puisse sembler cette idée. Mais beaucoup moins facile est d’en expliquer le détail, les détails dans leur devenir. Mais arrivés à ce moment-ci, à ce stade d’Aletheia – de " dévoile-ment " – selon quelle sorte de principe (principe-moteur) devrons-nous continuer notre marche ? Quand tout se saura, qu’allons-nous, ensuite, pouvoir dire ? Je me vante ? Attendez voir. (Ne croyez pas, avec le titre de ce paragraphe, que je sois en plein retour à Dieu. La seule valeur que j’attribue au concept " Dieu " est sa vertu totalisante dans sa diffraction même : tout dieu se raconte, il s’explique, on l’explique – et de ce que cela nécessite du temps, cela le fonde, le temps). Je suis une athée féroce. Une fée rosse de la vérité comme falsification. Attendez voir – et vous ne pourrez pas, vous ne pourrez plus douter : ma pensée intègre, ingère jusqu’au doute : elle l’installe au pinacle. Je ne suis pas une sceptique car je doute constructivement du scepticisme.
Je vais Tout vous raconter. J’écris en français. Accomplissez ici, malgré tout, un acte de foi : croyez aux mots que vous " entendez ".

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