Le ciel se drape, à en étouffer toute lueur d’ailleurs, plus rien ne passe. La nuit, la pluie qui vide la ouate sans en dégonfler le moelleux, la ouate dont le ventre traîne encore à portée de vue malgré la nuit, parce que sourdement grise et opaque elle rayonne obscurément par ses convexités potelées où rebondissent les éclairages dérisoires des lampadères, la soirée est intime, chaque élément de ce qui compose le décor est proche. La pluie est froide, il n’y a pas d’horizon, surtout pas celui des étoiles dans le grand vide nocturne, le vide est bouché. On perçoit encore les couleurs – par leurs contraires, dans ce régime de noir plein, tout bascule. Je marche sur la tête. En évitant les flaques de colle de la boue. La pluie consiste en une démultiplication de cordes sonores et vibrantes, il n’y a plus d’espaces pour l’espace, plus de soupir pour le temps, le temps, celui des intempéries, occupe tous les interstices, le Possible s’est refermé, il entraîne dans sa mise en berne l’Impossible, mais je respire encore. Il ne m’est pas moins impossible de vivre mais les histoires que je veux raconter doivent encore descendre d’une marche (et peut-être plus) et, alors qu’en marche, je soulève le limon, le fond est râclé, la poussière dense évolue pour retomber, aimantée dans sa chute empesée. Une succion par un creux ignorant de lui-même, aspire la matière soulevée et l’invite à en re-venir à une immobilité déterminée, la poussière est modelée aux fins d’une forme qui ne se connaîtra que par tout ce mouvement remuant la pâte, remuant la gangue. Nous sommes ici dans la fange d’un courant puissant mais en suspens, le mouvement n’est pas d’écoulement mais de façonnement. Un texte se sculpte. Il émergera à la surface de la page, à la lisière du vide et du plein, entre le corps et le lieu de l’air. Dans le Temps et dans l’Espace, quand l’espace du dedans est dévolu au temps en tant qu’il est le temps qu’il fait. La météorologie du corps est le phé-nomène de l’Ecriture même.
Me rappelant le Mot de Raymond Devos qui décrivait les trous noirs cosmiques comme étant " des trous avec rien autour ", j’ai voulu, à mon tour, donner une définition, celle de quelque chose qui tombe dans son contraire tout en persistant, ne serait-ce que par son appellation, dans ce que nous connaissons de lui : son nom, donc, un simple mot, un nom commun dont il ne vient, ce quelque chose en révolution, malgré tout, pas contredire le sens, il semble même le compléter selon un bord, selon un monde qui ne se suffirait plus à lui même tout en se parachevant par ce fait. Ainsi, je propose, à titre d’hypothèse (sous un caractère de définition) :
" Nous convergeons vers la même densité centrale : l’horizon. "
[Ce plaisir que l’on dit charnel ; cette voyelle que l’on dit muette. Mute I am, that is for sure. Une mouette, toute dans le jeu de voler. " Eux ", ils furent sans fin la Trace d’Hymen à rompre.]

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