N’est-ce donc pas assez que nos corps respirent, autrement dit qu’ils soient ces " choses " à vivre et de vivre, ces objets de désir et ces buts à maintenir, ces " objets " en ce que nous nous en détachons du fait d’une pensée qui en dépend dans sa formulation même, ces formes qui nous contiennent, dont nous débordons et hors desquelles il n’est rien – il n’y a rien, à commencer par soi, qui n’aurait alors pas seulement l’idée de dire ce " nous ", voire ce " moi " de toute la fable inchoative des discours. Il faut, donc, encore que je le nourrisse d’aliments autres que ceux de la sorte du carburant, de ce carburant qui entretient matériellement la machine, ou supposée " machine " (car, lui adjoindre une âme dépend du point que l’on adopte sur sa vue, cela ne devrait pas obérer que machine, il est – peu importe qu’il le soit selon une perpétuation de principe perpétuel ou éternel, ou même infini). Il lui faut, aussi, des mets plus inutiles quoiqu’indispensables, des mets volages et volatiles, des mets superflus qui donnent le goût de vivre. Vivre ne suffisant pas.
[La plus simple considération intellectuelle s’étonnera que la vie commence avec, par son excédent. N’est-ce pas là mettre la charrue avant le bœuf ? Serait-ce selon ce mode de construction que procède le mouvement ? Si je dis : " la machine procède de ce qui la conditionne ", ce qui revient à dire que l’on bâtit toute chose en suivant un but, une idée, une ambition, il n’y a rien là que de très banal, normal, logique – humainement historique… C’est voir en l’excès la mesure de la Raison, pourtant… Mais tout ceci pourrait bien n’être que logomachie].
Je parlerai donc, ici, d’un excédent qui fait office de principe fondateur, de cause première – quoi qu’en tordant la chose, comme j’aime à le faire en tout. C’est à dire que relativement à ce nabot calvitique et légèrement ventripotent, il n’est pas de naturalité qui soit une conséquence : de cette façon que cette conséquence n’a jamais connu sa nature de con-séquance : son élément (celui qui le détermine objectalement et, dans le même temps, en lequel il trempe) n’a pour cause générative rien qui se détache comme cause : il (le nabot) fait corps avec sa cause, ou cause avec son corps. Sa manie, son obsession ont un tel cachet de nécessité qu’il faudrait, en vain, de véritables for-ceps pour écarter, écarteler, et croire trouver une enveloppe extérieure à ce qui constitue sa nature. Autant dire qu’il semble épouser la Nature (la Création) entière, tant il a peu, tant il n’a pas d’extérieur, d’externe à soi, de dehors. Et " épouser une cause ", serait-ce sous la forme d’un corps, n’a rien que de hautement dérisoire pour ce qui le concerne. C’est un dragueur sans échéance. Un dragueur sans conception du mouvement quand le mouvement dont nous nous " détachons " apporte la conscience ; un dragueur sous le niveau de l’eau, bel et bien dans l’Ô plus que par dessus la tête, et qui plus est un dragueur qui n’aime pas les femmes, un collectionneur de chiffres, un faux Dom Juan, un vrai tripoteur, un propriétaire. Il a de tout temps épousé sa cause : il ne se différencie pas de sa forme – de sa forme à lui. Je vais faire le portrait d’un homme mesquin.
On n’y distinguera pas le superflu du nécessaire. Non pas que tout tombe dans le superflu : ce serait là par trop un monde, un Lieu de noblesse que son corps pour cet être quelconque dans le trop du quelconque. Mais tout, en lui, en vertu de sa nature, tombe dans le nécessaire. Sa drague lui est un jeu sans concession, une fièvre, un film dont il n’a ni le son ni l’image. La photographie pornographique il ne la voit pas, il la regarde et hormis ce qu’il voit, il ne comprend pas. Il est un rat pour un trou-monde. Il est le Rat : ce qui comble et ce faisant, comble le manque (le sien), il a donc quelque chose de divin, mais juste un " quelque chose ", c’est à dire que s’il n’épuise pas à s’épuiser, la Relance de ce qu’il est, est cela même qu’il est : l’idée du mouvement si l’on pouvait envisager qu’une idée (celle-ci) soit dégagée de tout son caractère d’abstraction. Il n’est pas tout à fait la vase dans son mouvement de dégagement vers la vase, mais la poche quand elle fait vase. L’Idée devient un " quelque chose ", elle se réifie au contact de son énonciation, lorsque l’on annonce : " un homme mesquin pour lequel aucune idée de nom ne (me) vient " ( – donc " que je ne sais pas nommer "). Ou : le concept de " Petit " lorsque l’on n’a pas pour habitude d’en qualifier un Priape (dont la " membrure " n’est pas en cause). Il est une chose, une, en tant qu’elle ré-siste.

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