mercredi 5 janvier 2011

Fontaine... II 2.


L’absurdité du problème ainsi à moi posé, provient de ce qu’il se situe exactement là où fait absence toute forme d’absurdité. Si ce n’est justement à considérer que la Vie dont rien ne peut se détacher et de quoi rien, puisque rien, dans l’ordre de l’existant ne lui échappe de fait, ne se soustrait à son ordre, de quoi rien ne peut prendre de la distance, la Vie qui présenterait quelque absurdité, (si l’on reste sensé, logique, raisonnant et raisonnable et d’ailleurs, même si l’on s’excepte de ces cas de figure) la Vie en tant qu’elle s’alourdirait d’un qualificatif, de quelque chose qui complèterait ce qui représente pourtant la complétude, autrement dit : la " Vie absurde ", la Vie dans " son " absurdité, cela, ces formules n’ont pas de sens. Sauf à dire que " Vie " et " Absurde " sont synonymes, ce qui coupe l’herbe sous le pied à toute considération de la vie comme absurdité. Mais peut-être faut-il considérer que ce qui fait masse homogène ne s’en prête pas moins à l’analyse, c’est à dire que l’esprit humain qui se livre à tout cet exercice, possède la grâce certaine de couper le même et unique cheveu en quatre. Dire la vie absurde c’est ne rien dire si ce n’est un pléonasme, si ce n’est citer une évidence qui de soi-même s’évide dans le silence d’une parole mutique parce que massive. Dieu est-il absurde ?

Le jumelage d’un monde sans dieu et de l’Absurde est la tarte à la crème par excellence. L’hypothèse " dieu " évacuée, le sommet de la pyramide reste encore représenté par un mot qui peut s’appeler " Vie " ou " Nature ", idées dont doit être retirée toute notion d’Absolu ou de transcendance. La " hiérarchie " ainsi établie d’un ordre des choses entièrement contingent, l’absurdité du monde n’a de valeur que nostalgique, mais sera-ce une nostalgie intemporelle, inconditionnelle, radicale ? et finalement trahissant l’élimination de l’idée d’un dieu comme une erreur – au moins d’un point de vue humain une erreur " économique ". Cet épandage du fertilisant " dieu " continuerait sous l’espèce de son ersatz, de son ersatz nostalgique le représentant en creux ? L’Absurde vient combler l’espace qui nous ouvre sur l’infini ? Cette oscillation, ce scintillement d’une porte démontre l’Absurde comme le faisait de dieu le concept de " Dieu "? Pourquoi ce résidu, cette présence, cette démonstration de dieu par l’absurde ? Misaïre ! Misaïre de l’homme-sans-dieu ? Mais la valeur de dieu n’est-elle pas que de commodité – de facilité d’explication ?

Ma persistance, ma complaisance dans le malaise que me suscite la poussière par sa chute perpétuelle, je viens d’en donner l’explication rationnelle, cela peut se résumer en quelques mots : l’angoisse face au passage irréversible et inutile du temps – la mort, la destruction. Mais aussi la répétition des gestes, la dévotion à la chose (en tant qu’objet dans le cas du dépoussiérage d’un intérieur) dans le contexte d’une histoire : celle des femmes, genre auquel j’appartiens. Et dont visiblement la tâche confina dans les siècles des siècles à l’absurde alors même que l’abattage de la bête " dieu " n’avait, officiellement, pas encore eu lieu. Qu’en pensèrent-elles chacune à son époque ? Mais justement le concept de " femme " dans le cadre d’une Histoire n’est que récent, il n’existait pas tel que nous le dégageons maintenant et ces autres femmes d’une autre époque, cela qui crucialement leur manqua et de nos jours manque encore à tout groupe qui se définit par une essence quelle qu’elle soit comme tel groupe (le mot, le concept de " groupe " est inadéquat), cela qui manque crucialement est cela qui construit comme groupe ou, pour les femmes, comme genre. C’est à dire qu’en l’état actuel des sociétés de notre monde, il faut encore pour manier les instruments de la liberté, disposer d’une Réserve. Concrètement pour les femmes, comme genre, cela signifie une certaine habilitation bizarrement " naturelle " à être cela que l’on pourrait devenir et qui présuppose des " maîtres ", au moins au sens d’antécédences du même sexe, pour soulever un possible dans son éventualité. Cette habilitation dans ces qualifications-ci (je veux dire ici surtout ce drôle de mot de bizarrement naturelle), les hommes se la sont octroyée depuis les origines. " Cela va de soi… " explique le miracle masculin, quand bien même toute inévitable Difficulté – dont le doute, entre autres.

Et si les femmes ont eu ou n’ont pas eu un sentiment de l’absurde face à leur confinement à la poussière (ce qui est aussi une métaphore sous l’espèce d’une métonymie), dieu étant encore de leur monde, existe-t-il un moyen historique : ici, rétrospectif de le savoir ? Quelle en serait l’utilité, la finalité ?

La ligne de mon objectivité passe par une appartenance arbitraire à un genre, en même temps que nécessaire, de même qu’une ligne objective me traverse dans ma subjectivité lorsqu’elle en vient à tracer une ligne de partage toute factice, pour ne pas dire fausse, mais ici encore nécessaire, entre moi et mon sexe (et ce terme est à prendre sous son aspect physique " local ").

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