Comment, donc, puis-je, oscillant du " je " au " nous " – et donc au " vous " que la première personne du pluriel incorpore – comment puis-je admettre, dans mon monde solipsiste, cette intrusion d’un " tu " sans qu’elle n’en sape immédiatement les bases ? Comment ? Comment – la question se pose ? Vrai-ment ? Mais, voyons… Mais – j’aime. Oui, j’aime. Et cela ramène à peu, beaucoup de contradictions, et cela va même jusqu’à ériger avec la plus grande solidité ce monde mien en sa Raison sur… un Paradoxe. Pourquoi, donc, un paradoxe ne serait-il pas viable ? Je vois mon paradoxe comme l’acmé où se rejoignent en sa pointe, la chose et son contraire. Et sa verbale formulation immédiate consiste en ces mots : " je ne saisis pas mon amour pour ce qu’il est ". (Avec ce que le verbe " saisir " laisse entendre de sens dans le sens même du pensé et du senti).
Que l’on comprenne bien ce que cet état de choses, cet état de faits, notre amour, appelle, dans notre relation, de réciprocité dans un monde mien solipsiste. Le mot clé qui ouvre à l’entendement et ce faisant résoudrait, rendrait à l’état de poudre soluble, le paradoxe, dès lors moulu en possibilité d’assimilation intellective, ce mot – magique – est celui d’une " Condition ". Oui, la banale condition, facilement introduite par le petit " si… ".
Mais je me passerai ici du " si ". La condition d’un monde qui ne connaît, qui n’admet en fait d’hypothèse que " soi ", ou, sous un angle légèrement dévié, qui n’admet que " moi ", cette condition introduit l’autre au titre d’" Aimé " ; quand celui-ci est le fruit de l’équilibre et sa cause ; pour un être comme " moi " qui se prétend seule sans déréliction, au sein d’un horizon qui s’absorde dans l’identique – " moi " – dans l’identique de la résorption. L’aimé fonde ce monde solipsiste au titre même de sa différence. Il est la condition du devenir établi en circuit fermé de la rotation de la roue. Il est, pour moi, une " Hypothèse ". Mais dans un monde – le mien, qui n’admet pour moteurs que les probabilités ou improbabilités d’un Possible articulé à un Impossible, le moyen d’une " hypothèse " paraît être de ces impossibles de nature qui ont une réalité certaine – et il faut admettre que l’Hypothèse de l’Aimé est toute ma réalité. L’Aimé comme hypothèse est Le leurre, leurre à toute vie nécessaire, à la vie consubstantiel. Parce que je ne fais pas l’économie de l’illusion.
Cet amour transmis, né à soi par la parole, a acquis sa vérité à développer comme un spray, les postillons lancés de la voie. Cette pulvérisation, cette dispersion me revient à chaque effusion en plein cœur parce que la paroi, à l’infini de mon horizon située, en brise la dissolution, la perte ou l’errance dans l’univers par le mouvement de retour, directement induit par la limite im-probable de mon monde. C’est ainsi que je sais que j’aime. Mais que je ne saisisse pas cet amour est une énigme. Parce que, physiquement, cet homme manque encore à sa présence – à ma présence ? Il est absent, quoique je l’appelle de tous mes vœux. Mais, il existe bien ; il est réel au-delà de tout doute. Je le connais.
J’ai sabré, depuis toujours, à tout dieu sa tête comme on décapite un champagne. Mais à l’aimé j’ai vissé aux épaules, l’ampoule d’une étincelle éternelle.

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