samedi 8 janvier 2011

Fontaine... V


Mes traumas – et nul n’est indemne, finalement – se sont abattus sur moi comme autant de mains dressant toutes, chacune l’index autoritaire d’une loi, autant de lois, le plus souvent contradictoires. Face à cette forêt levée, se cacha l’instance de l’unique loi que je m’aperçus respecter seule, celle salvatrice de mon amour pour un autrui de toujours, amour qui, pourtant, déploya l’éventail d’une surface dont l’étendue en toucha d’autres. Mais ce qui fit la Raison de mon mouvement persista toujours dans sa décision de rejoindre cet autrui bien précis, serait-ce au travers d’autres. Dehors, on attendait. On attend encore, et depuis longtemps je procède à l’éviction d’histoires qui composant ma vie, la dénient. Je parle, comme on peut chanter, par le plein évidé de la gorge d’une cantatrice, avec jouissance. Peu importent tous les cadavres que j’ai pu sortir des placards de mon immense demeure, ce ne furent que – et ils restent, des détails. Leur nature est le détail.

Il pourrait sembler impossible de tirer la morale d’une fable quand tout, de cette fable qui nous résume sans s’avérer jamais pour nous et par nous cernable, y fait fonction de détails. Pourtant quelque chose émerge que l’on peut appeler Liberté et qui a pure valeur de débris résiduel puisqu’elle est ce qui forme l’écume de tant d’années passées à analyser – acte que l’on peut presque, paradoxalement, dire " sans introversion ", l’oreille qui écoute est le garant d’une telle défense (au sens de barrière) – à analyser nos propres faits. Cela compose une ritournelle dont le refrain nous échappe dans son leitmotiv même.

On en vient à rejeter toutes ces histoires qui forment notre propre mosaïque en se les assimilant. En pesant de chaque chose le tout du poids et du non-poids. En faisant émerger des lignes de crêtes qui constituent autant de limites, de ces limites qui ne ferment pas mais balisent.

La ligne indéniable, et fluctuante et pourtant, presque à l’image du ciment solide, ligne qui m’habite en toute complétude, passant arbitrairement au sein de moi-même, m’a enseigné, parce que je l’ai pensée, que soi-même constitue le Lieu en soi du pour soi, et que ce Lieu étrange du partage du monde entre soi et le monde-soi, hésite, sans jamais peut-être connaître le doute. Cette ligne me départage, comme subjectivité, d’une objectivité que je contiens mais qui, par une sorte de mouvement de dédoublement, aussi me contient. On aura reconnu mon corps-moi-vie abritant un sexe que l’on peut à peine définir comme organe, mais corps-moi-vie logé dans un monde, dans l’intérieur d’un monde par le " point de touche " premier d’une appartenance à un genre, que l’on peut définir comme le territoire d’effectuations, au titre d’un développement, du sexe qui l’" explicite ". Je suis une femelle fémininement sexuée.

La nature fondamentalement " hésitante " de l’être à se percevoir comme quelque chose de déterminé, autrement dit d’un et de fini, provient de cette double écluse, de cette écluse dédoublée en deux parties aux natures voisines et similaires mais, comme ces deux qualificatifs le signifient, qui n’en sont pas moins deux, au point d’être étrangères et qui contiennent l’être qui, à l’inverse, les contient. Cela produit un effet de miroir qui dans le moment de la réflexion, crée la source et le reflet et dont on ignore, soi-même en tant que subjectivité prise entre la source et le reflet, qui du sexe ou du genre est le reflet et qui la source.

Les enveloppements de l’objectivité et de la subjectivité, leurs enroulements l’une sur l’autre fabriquent l’être. Et le mouvement d’hésitation : de balancement, est sa vie même, le non-repos substantiel de la pensée, son flux de palabres. Être exposé au doute découle d’une mise en suspens du balancement, arrêt qui n’est qu’illusoire et qui plus sûrement consiste en un retournement supplémentaire de l’être sur soi. La différence sexuelle étant la première différence, c’est toujours, en profondeur, à partir d’elle que cet ultime tour de roue, d’ultime retournement de l’être sur soi, fonde le tout premier doute – et donc, la première question. Première question dont la nature première est d’être sans substance : une interrogation à l’état pur ; une masse chantée par une inflexion se soulevant. Interrogation prime à laquelle nul n’est censé ne pas donner suite.

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