jeudi 15 avril 2010

Vivre a-propos IX


Vite, à l’intime ! au sofa où l’on lit ! Proie de mes deux cuisses, le livre. Du verbe-mot l’envolée spirale intérieure. Et rebond. Cependant que toute abstraite, une main, posée au cœur, ne se désire ni ne se sent, ni ne se tend mais posée, attend. J’ois de-ci de-là, par-ci par-là provenant du fond du paysage qui tout entier me ceint, la route dans sa rumeur que parcourt cette trace que je laissais là-bas des décennies auparavant. Ce qui remonte, cela descend. Ce qui revient, cela s’appelle ? Cela porte pour nom une question qui se dérobe dans sa bure même : qu’entendrions-nous, nous, si d’aventure ne m’était pas revenue, ne me revenait pas par bribes de couleurs la longue écharpe que laissa ma grand-mère couler, flottante, hors du véhicule, et qui se prenant à l’essieu, lui serra la gorge ? Elle dégorgea. Et les mots qu’elle rendit en un dernier hoquet nous racontent (transitivité).
Quoique je ne parle ici que de moi – et d’elle, par voie de fait. D’elle en tant que cet agent dont l’action, (l’acte qui s’obtenait d’elle résiduellement, car toute entière passive elle fut toujours, jusqu’à faire de la récupération de l’argent qu’elle avait prêté, le creux figé d’une escarcelle), dont l’acte faux prend son poids pleinement à être en quelque sorte positivement défini par la notion de " pseudo-acte ", et se retourne vers l’agent – ma grand-mère, qui le commet, pour me restituer à moi qui suis sa trace, par un reflux, par un dévidement de la bobine de ma propre " existence " (le terme de " vie " serait ici assez inadéquat), une trace, la mienne.
J’entendais par " nous " non elle et moi mais : vous et moi. C’est à dire ce " nous " escamoté en quoi je fais trace qui a sens. Elle vous ignora toujours, ma grand-mère, elle était totalement dépourvue d’imagination, elle ne s’affligea jamais de me voir toujours seule, elle trouva dans ce fait la satisfaction de me savoir, quoique lointainement (car elle ne formulait pas les idées, et surtout celle-ci), étrangère aux choses du sexe. C’est ce qu’elle croyait. Pourtant, c’est bien par son biais entièrement que je parviens à me replier, pli sur pli, sur une expérience dont la symétrie est toute antithèse, ou presque : bref, ce qui suffit d’antithèse, de similitudes et d’hétérogénéités dans le rapport de deux expériences, la mienne et – j’ose à peine le dire – la sienne, à cette fin d’effectuer une lecture.

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