Après la mort de ma grand-mère, je délaisserais mon studio exigu pour emménager dans son appartement, ce lieu ensoleillé qui bien qu’exposé au Nord et à l’Est reçoit toute l’illumination du jour par de nombreuses fenêtres donnant sur l’espace dégagé d’un jardin.
Des oiseaux nichent toujours dans le coffrage des rideaux roulants du séjour, ils se sont installés là dans l’intervalle de temps où l’appartement ne fut pas occupé, le temps du deuil, les fenêtres nues restèrent exposées aux aléas du soleil et de la lune, personne ne vint plus abaisser les rideaux à lattes que ma grand-mère gardait, quant à elle, en permanence fermés, vivant dans le musée sombre et clos de ses potiches, tableaux et autres pièces d’argenterie, ses investissements-fossiles. Elle craignait les intrus, ne serait-ce que par le regard, sans doute ne se sentit-elle jamais à l’abri d’une paire de jumelles pointée depuis le voisinage pourtant distant de dizaines de mètres pour le plus proche, et malgré les voilages opaques. J’ouvris tout. Mobilier et bibelots partirent ailleurs. Moi, j’amoncelle les livres. Je ne descends plus du tout les rideaux roulants du séjour de peur de mouliner les petits oiseaux en purée, je les entends piailler en toute saison dans le coffrage dont la protubérance fait saillie à l’intérieur de la pièce et parfois je les vois et entends se heurter à la vitre par l’extérieur dans une étonnante vibration d’ailes caractéristique, mais ils sont plus gros que des colibris et d’un plumage moins gracieux. Ils sont dans une cage sans barreaux, non hermétique et dont j’imagine mal l’espace que doivent peu à peu combler les déjections, ils y semblent, à leurs piaillements, de plus en plus nombreux ; la multiplication des oiseaux nimba mes fenêtres d’un nuage aérien et fluctuant qui, dans mes rêves, s’emparait de rênes irréelles et solides pour faire démarrer par cet attelage le volume octogonal de la pièce vers des espaces lointains. L’évanouissement dans la nature de tout ou partie d’un appartement, c’est l’affaire du dentiste qui retire une dent sous anesthésie générale, j’habite, soulagée, le lieu de la douleur, je me réveillerai peut-être, au matin, ma personne en moins, ou, ce qui a constitué le point focal d’une densification, ultimement rendu à la dilapidation et la divulgation de l’oubli.

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