Charmant amant qui partageas ma couche et me dis au réveil avoir contemplé mon sommeil, je te crois. Je sais sur mon moi l’ombilic protubérant de ton œil, sur mon visage boursouflé par le sommeil lourd et le rêve tenace la garde montée haut de tes chiens. Les drogues de la rédemption fonctionnent à plein régime et je dors dix heures par nuit, devrais-je dire dix heures par jour ? car je passe outre le matin, je le dors dans la détestation que j’en ai et ne me réveille bien qu’en fin de matinée lorsque du souffle de ton haleine, tu débarrasses mon front de mes cheveux agglutinés. Tu reviens alors, de quel métier, de quelle occupation ? de la vie citoyenne pour te pencher sur ce corps qui pâtit à vivre trop peu, mon corps qui te connaît autant par ta multitude que par l’absence dont cette hydre à mille âmes aux mille incarnations sait se revêtir. Toujours dérobée ta fonction s’escamote d’un geste de la main que je vis un jour, une fois, inachevé mais ébauché : tu te portais aux lèvres mille cigarettes absentes.
Ce que nous connaissons l’un de l’autre passe par le souvenir, quant aux tiens, sans cesse, incessamment réactualisés, quant aux miens, mangés jusqu’à la digestion. Ils me forment, mes souvenirs, la pâte du corps, de mon corps, le mien qui continue à s’étonner et à n’identifier rien de ce qui fait son entourage, sa garniture. Chair étrangère. Je fus baptisée du signe de l’oubli et, en conséquence, je suis l’objet de l’attention. Vous me surveillez. Vous notez sur le calepin électronique de mon histoire a minima mes gestes les moindres ou les plus gras. Sans distinction. Triant aussi. C’est ce que j’imagine car de la Vérité, je ne connais que la face des suppositions et si la Vérité est habituellement objet de pensée, la mienne l’est de spéculations. De combinatoire. Parce que les mots composent tout tissu serait-il de la nature du vivant, je n’ai pour fil de ma fuite hors d’un labyrinthe où je ne suis attendue à la porte que par moi-même, pour ficelle que celle de la déduction, de la folie verbale délirant l’histoire. Ce qui fait sens pour moi fait sens pour Nous, d’un nous très vaste que je ne nommerai pas de peur de m’effrayer moi-même. Si j’effectue aux flancs de ma grand-mère comme autrefois on le faisait à ceux de bêtes, une lecture ; je dois en dire à la fois plus et moins de cette lecture que j’écorche à ma propre face – ce n’est pas une lecture.
Car j’insère par la force, dans la matière même de ce qui nous raconte, j’insère là-dedans la trame et le cadre, la forme dans sa complétude de ma Raison : de ce qui pour moi, folle, fait sens et histoire. Je viole l’Histoire dans une Re-lecture. Elle me passe par les chevilles, l’Histoire, je la marche. C’est à qui pensera le plus haut (au sens de la hauteur d’un cri). Je hurle, je gueule ce dont je regorge : la vraisemblance.Vous tombâtes dans le piège. Vous croyez, vous vous tenez pour croire en une Raison (presque mathématique) de l’Existence en tant que déclinée dans sa multitude complexe et vous en voulez pour preuve : Moi. Je connais le secret. J’en aurai eu l’intelligence. Ma lampe noire est un radar. Méfiez-vous : j’interpréterai seulement jusqu’à cette limite où commence l’interprétation d’autrui.
Je suis le fruit d’une amnésie et ce faisant mes oracles ont valeur d’oracle. Infatigablement je travaille au tissage d’une histoire qui puisse dans son détail le plus large comme le plus précis donner forme à mon existence par ce que j’en aurai déduit sur le mode du rêve pensant, et dans le temps le même, en même temps cette histoire sera dans son verbe, si possible cela est, parabole de la Parabole Générale et Ultime.(Ultime jusqu’au lendemain). Amener à coïncidence la forme du petit avec celle du Grand, cela constitue une Méta-morphose et une Méta-phore où ce qui véritablement coïncide avec soi-même c’est le temps : lorsque le temps de soi se porte dans son fond qui fait forme jusqu’aux bords mêmes du Temps. Les accents sont en regard les uns des autres ; j’adapte ma mesure à la démesure la plus vaste ; je signifie à hauteur d’Homme ce qui fait sens à hauteur de Temps.

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