L’éclair suit les lignes de meurtrissures des boules froissées des nuages pour descendre jusqu’à nous, ça déchire, l’eau s’effondre par pans entiers et desséché demeure le ciel brûlé qui alimente en bruits tonitruants la planète Terre amollie. La boue du sol profère par bulles des appels à la clémence et cependant que vagit la terre dans le quasi silence de la langueur noyée, je parle calmement à ce qui sec, là-haut, continue à tordre la sueur de ses mains sur moi. Dans le travail de la lutte où nous nous empoignons, ça (là-haut) et moi, il y a pour nous séparer tout un océan de distance et comme surface d’affrontement du toucher, tout l’air moite qui répercute chaque mouvement de pression, dans chacun nous mesurons notre force à l’encontre de l’autre. Pour qui, ici, me regarde, je danse un ballet solitaire dont aucun des gestes ne s’explique et n’a à s’expliquer par un quelconque duel. Je porte des coups à vide que ce " qui " interprète, comme une pirouette, peut-être ? Pour ce " qui " qui fait légion, je suis une célibataire par la Force-des-Choses. Mais je trompe bien mon monde. Pas assez toutefois pour ne pas laisser planer sur ma personne le mystère d’une folie contenue, déniée par " qui ", atténuée par l’habitude de " qui " a fini par me voir en originale. " Originale ", le mot se referme sur moi et boucle avec lui toutes les questions : je ne dérange plus " qui ", je ne dérange plus personne. Au-delà du cercle de " qui ", je suis une personne atone.
Le tonnerre rugit de plus belle, le sol sous son épaisseur de boue rompt sa différence avec elle, l’asphalte se dilate, s’imbibe, et finalement se rend à la terre aqueuse. Plus n’est possible, ici, de poser le pied sur une surface dure. La ville s’incline, perdant l’équilibre de fondations qui s’enfoncent, c’est un naufrage. Les sables mouvants prennent possession par leurs formes des reliefs de la ville, ils digèrent les volumes creux des appartements bientôt comblés d’alluvions.
Le ciel entier s’est réuni là-haut pour m’ensevelir dans la flaque de sa délégation rendue sur terre, la ville a sombré mais moi, encore debout sur la flèche de l’antenne la plus haute de la plus haute toiture, qui dépasse encore, je tends cinq doigts au ciel, sur chacun j’articule une lettre.
Si " qui " savait, avait su qu’il aura dû sa mort par étouffement par la boue à une lutte titanesque dont le second protagoniste se trouve être moi-même, " qui " ne l’aurait pas cru. Jamais ne pourrait être soupçonnée la moindre démiurgie dans ce moi replet. " Moi ", c’est quelques kilogrammes de chair contre le poids entier du non-Être. Au trou noir pesant du Nihil j’oppose tout ce que je dévore depuis, depuis que je pense pour avoir compris. Je me nourris d’herbe fraîche, je suis plus verte que l’herbe, je frissonne par l’eau bue et je tends cinq doigts au ciel. Cette main n’est pas tachée de sang, le temps seul a accompli le crime vengeur. Je ne remâche pas ma pensée coupable, je mourrai heureuse.

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